D e  l ' a i r !
O p é r a t i o n   L i b ' a i r t é !

    

C'est l'histoire d'une prise de conscience...


 

« Singulier, captivant, enthousiasmant ! Ce conte, étincelant de subtilités sur l’actualité nous invite l’air de rien au débat, à l’échange, à l’écoute, au questionnement. Il se raconte et vous interpelle. Il appelle à la responsabilité de chacun, à l’unité des citoyens planétaires pour mieux appréhender la place de l’humanité dans la biosph’air et ce faisant prendre soin de la Terre, si belle ! Dans l’air malsain et conditionné de notre société dite moderne, c’est un ballon d’oxygène. Comme une pause pour une respiration retrouvée. Citoyens, voici une histoire saine et salut’ air qu’il faut mettre d’urgence dans toutes les mains. Bravo monsieur Benoit Saint Girons. Bravo et merci ! »

Yvan Burtin, Août 2009
http://www.union-planetaire.org/


On ne compte plus les articles ou les prises de positions en faveur de l'écologisme et c'est tant mieux. Mais, d'un autre côté, on ne compte plus non plus les traitements de pesticides sur les fruits ou légumes ou les 4x4 aux centres villes... Y aurait par hasard incohérence?

C'est fort de cette interrogation que j'ai décidé, en Avril 2007, de m'atteler à la rédaction d’un nouveau conte à rebours, écologique cette fois : De l’air !

Dans mon esprit, il ne sert en effet à pas grand-chose de pointer du doigt en disant « polluer, c’est pas bien ! ». Ostraciser un comportement peut même avoir l’effet inverse.
Infantiliser ou complexer les citoyens n’est pas la solution.

Responsabiliser alors, en expliquant à quel point le système est manipulateur ? C’est l’idée centrale derrière ce conte : nous commettons tous des erreurs, nous sommes tous ignorants avant d'être informés et, si nous n’aimons pas les directives, nous aimons encore moins passer pour des naïfs, des vaches à lait ou des cobayes !

La remise en cause du système passera par l’information et par la réflexion: si j’apprends à quel point je suis manipulé, je ne vais pas forcément me révolter mais je vais peut-être changer mes habitudes...
 


Ce nouveau conte à rebours aborde, sous l'aspect d'une petite histoire aux multiples rebondissements, la plupart des problématiques de la pollution. Il possède ainsi plusieurs niveaux de lectures: on peut se contenter de lire l'histoire mais on peut aussi la reprendre sous l'aspect des données techniques précises.

Ce ne sont en effet pas les scandales qui manquent! Mais au-delà des révélations, c'est l'articulation de l'histoire elle-même et les nombreux rebondissements qui donneront le plus matière à réflexion...  Jusqu'où devons-nous ne pas aller trop loin ?
 


L’arrivée

On n’avait pas vu cela depuis le 11 Septembre: durant une dizaine d’heures, le monde occidental s’arrêta presque de tourner. Juste le temps, pour les citoyens, de reprendre leur souffle…

Tout le monde se précipita sur les images de la télévision : trois énormes engins étaient stationnés au dessus de la forêt amazonienne. Trois sinistres cylindres en forme de gros Zeppelin métalliques.

Les journalistes et les experts soulignaient avec beaucoup d’emphase qu’ils n’avaient pas grand chose à dire :

Les radars attestent de la présence des engins au dessus du Brésil mais d’autres ont été détectés en orbite terrestre… Leur taille est d’environ trois terrains de football de long sur deux de large…

Les vaisseaux sont en position stationnaire. Aucune activité n’a pour le moment été détectée...

Le gouvernement est en réunion de crise et invite la population à garder son calme. L’armée est en état d’alerte…

Les intentions de ces visiteurs sont inconnues mais leur choix d’une zone peu peuplée pourrait signifier des intentions scientifiques… L’aspect des vaisseaux ne présente, en l’état, rien de menaçant…

Enfin nous savons : nous ne sommes pas seuls dans l’univers…

La caméra alternait entre des zooms sur la carlingue des vaisseaux et des plans larges sur la mer végétale, quelques centaines de mètres en dessous.

L’importance de l’événement fut corroborée par l’absence de coupure publicitaire. Aucune marque, aucun logo, aucun sponsor n’importunèrent la retransmission : un vrai phénomène extraterrestre !


Mais, pour le coup, on s’ennuyait ferme…

« Il se passe quelque chose ! » hurla soudain le commentateur, provoquant quelques palpitations chez les téléspectateurs assoupis.

Un trou béant se forma sous chaque vaisseau…

… et les monstrueux tuyaux à entonnoirs apparurent.

Le journaliste ne put s’empêcher de jurer : « Non mais ce n’est pas vrai… C’est incroyable… Ces salopards viennent nous pomper notre air ! »

 


J'ai écrit la première "mouture" de ce conte en une semaine mais j'avais un avantage certain: mon frère Antoine m'avait déjà suggéré les idées de base: une invasion extra-terrestre et l'exploitation de l'air.  Qu'il en soit ici remercié!

Une fois la première esquisse en place, il y a eu à nouveau un gros travail de relecture et de fignolage... Comme pour mon précédent conte (Le Mendiant et le Milliardaire), j’ai à nouveau eu tendance à mettre trop de choses. Il a fallut élaguer !

La figure d’Hélène, la saillante trentenaire responsable de l’Association Lib’airté, ne figurait pas non plus dans le premier texte… Nous la découvrons ici, dans le second chapitre (un peu remaniée depuis):
 


Manifestations

Les crises d’asthmes et de toux se multiplièrent. L’idée que le poumon de la planète était progressivement vidé de son oxygène avait marqué les esprits. Chiffres à l’appui, les ponctions des « visiteurs » semblaient considérables.

Selon les sondages, 63.4% de ceux qui avaient assisté à la scène notèrent une dégradation de la qualité de l’air. Le pourcentage grimpa même jusqu’à 86% dans certaines villes. Près de 22% des sondés affirmèrent en outre éprouver une gêne respiratoire.

Des centaines de milliers de personnes descendirent ainsi spontanément dans les rues pour réclamer du gouvernement des mesures rapides et concrètes : imposer un moratoire sur le pillage des ressources terrestres, renvoyer les envahisseurs chez eux et, pour faire bonne mesure, garantir une fois pour toutes à chaque citoyen un air de qualité !

C’est à cette occasion qu’Hélène Loutrevil fut interviewée pour la première fois. Saillante trentenaire, elle brandissait une pancarte dont le slogan allait bientôt être repris dans tout le pays : « De l’air ! » Elle fut présentée comme la présidente de l’Association Lib’Airté.

– Pourquoi manifestez-vous, lui demanda le journaliste ?
– Je suis dans la rue parce que je n’aime pas du tout le programme qui passe en ce moment à la télé, répondit la jeune femme.
– Et vous pensez pouvoir le changer ?
– Maintenant que vous me donnez la parole, peut-être bien, oui ! J’aimerais ainsi lancer un appel à tous les téléspectateurs qui nous regardent et souhaitent continuer à respirer librement : venez nous rejoindre ! On respire mieux dans la rue de toute façon…  (1)
– Votre slogan « De l’air ! », à qui s’adresse-t-il ?
– Il s’adresse d’abord, c’est évident, à ces sangsues intergalactiques : rentrez chez vous, du vent, du balai, de l’air! Malheureusement, comme je doute que ces vampires comprennent nos injonctions – aussi amicales soient-elles – cela s’adresse aussi à nos gouvernants : à défaut de nous débarrasser de ces parasites, travaillez au moins à limiter les sources de pollution. La respiration est un droit absolu et nous entendons libérer l’air de toutes les saloperies terrestres ou extra-terrestres qui s’y trouvent. C’est cela la lib’airté !
– Vaste programme…
– L’astrophysicien Hubert Reeves a dit que la pollution n’était pas un gros problème mais six milliards de petits problèmes. (2) Un gros problème, cela l’est pourtant devenu depuis hier ! Allons-nous laisser pomper nos vies sans réagir ? Il n’en est pas question !
– Le ministre de l’écologie Claude Egrella vient d’assurer que l’air restait en quantité et en qualité bien suffisante, que l’activité des "visiteurs" était pour le moment imperceptible et que les scientifiques trouveraient nécessairement des solutions…
– C’est sa vérité et je suis sûre qu’il la partage, répondit Hélène. Pour ma part, je ne m’autoriserai pas à faire de commentaire sur la température sans disposer d’un thermomètre fiable. Or, comme vous le savez, les critères adoptés pour mesurer la qualité de l’air ne prennent en compte qu’une partie des polluants. (3) Les citoyens pratiquent la respiration depuis un certain nombre d’années et ils ne se la laisseront pas compter par des technocrates dans des ministères climatisés! Il est improbable que l’oxygène se soit raréfié en 24 heures de pompage mais cela ne peut qu’empirer si nous ne faisons rien. J’invite donc tous les citoyens à être vigilants et à faire pression pour que le gouvernement prenne ses responsabilités. Lib’airté, Air’galité, Frat’airnité !

C’est ainsi qu’Hélène, jouant habilement de son charme, réussit à prolonger son quart d’heure de gloire télévisuelle. Pour les téléspectateurs, elle devint immédiatement la sympathique représentante de tous les « Airbivores »…

…et la bête noire de nombreux puissants !


 

Notes:

(1) Dès 2002, le magazine Que Choisir alertait les Français: « Trois logements sur quatre pollués par des substances chimiques. » En cause, le radon, les revêtements de sol, les peintures mais aussi les meubles en agglomérés ou les parfums d’ambiance chimiques… « Entre douze et quinze heures par jour, nous respirons un air bien plus pollué que celui de nos rues. Et ça se passe chez nous, à la maison ! […] Dans un logement sur deux, le taux de poussières fines (venue entre autres des sols plastique) est supérieur au maximum acceptable pour l’air extérieur. […] Les fabricants de meubles […] pourraient être obligés d’afficher les niveaux d’émission de leurs bois contreplaqués et agglomérés. » précisait le magazine Capital de Février 2007.

(2) Avec 8 000 tonnes de produits phytosanitaires par an, les jardiniers du dimanche sont par exemple responsables d’un quart de la pollution des eaux douces en France…

(3) Selon l’association Ecologie sans Frontière, 54 % des Français ne font pas confiance à l'information délivrée par les pouvoirs publics sur la qualité de l'air… « L'air ambiant de l'agglomération parisienne est pollué par une mixture de substances qui ne font pas toute l'objet d'une réglementation. Certains polluants sont insuffisamment, voire pas du tout surveillés », détaille Franck Laval, le président de l'association. C’est notamment le cas des particules fines émises par les moteurs Diesel, qui représentent 55 % du parc automobile français : elles ne font l'objet d'aucune réglementation ! (Ce qu'on vous cache sur la pollution en Ile-de-France, Charles de Saint Sauveur, Le Parisien, 07 juin 2007)
 


Ce conte sera-t-il jamais terminé ?  Les remarques des lecteurs sont toujours précieuses et les scandales n'arrêtent pas de tomber...

Je trouve aussi intéressant de travailler sur un concept plutôt que sur un énième livre qui, une fois publié, est gravé une fois pour toute! Internet offre en outre une bien meilleure réactivité qu'un éditeur traditionnel (il faut plusieurs mois pour publier un livre or il y a urgence!) et, encore une fois, les scandales n'arrêtent pas de tomber...

L'arrogance de cet extra-terrestre Teessmy par exemple, dans le troisième chapitre:
 


Le Teessmy

Nombreux sont ceux qui furent déçus – mais aussi dans un sens très rassurés – de découvrir que les "visiteurs" nous ressemblaient. Seule la couleur de leur peau laiteuse et leurs yeux orangés trahissaient leur mystérieuse origine.

Ils établirent la communication 48 heures après leur arrivée. Craignant pour leur sécurité, il était hors de question pour eux de mettre pied à Terre. Ils utiliseraient les ondes pour présenter leurs intentions…

Le représentant des visiteurs, un dénommé Veltrouil, commença par présenter sa civilisation. Son français était étrangement académique mais sa voix, qui louvoyait vers les aigus, émettait un léger sifflement, comme un signe de menace…

« Nous venons de la planète Xispasnète. Sa localisation importe peu car vous seriez incapable avec votre technologie primitive de la repérer. Disons qu’elle se trouve bien au-delà de votre horizon…

J’appartiens à la civilisation Teessmy. Notre civilisation traverse aujourd’hui une crise majeure. Il y a des erreurs que l’on ne peut plus corriger…

Il fut un temps où notre planète était recouverte de végétation. Elle était alors respirable. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. Depuis environ un siècle, nous vivons sous bulles, calfeutrés dans nos villes, prisonniers du confort de nos appartements… Vous voyez sur notre peau le résultat d’un manque de soleil…

Vers la fin de votre Seconde guerre mondiale, il nous a fallu en outre instaurer un contrôle drastique des naissances. Les enfants dérangeaient trop les voisins.

Voici à quoi ressemble une ville Teessmy... »

L’image d’une cité moderne apparut. Plusieurs bulles géantes reliées par des tuyaux translucides. Il y régnait étrangement peu d’activité. Veltrouil expliqua que les Teessmy, afin de limiter leur consommation d’air, avaient pris l’habitude de rester confinés chez eux.

Sortir était une activité réservée aux riches : le gouvernement prenait bien en charge l’air des couloirs publics mais il était d’une qualité détestable. Revêtir une combinaison coûteuse était le seul moyen d’éviter les maux de tête…

« Voici maintenant un appartement Teessmy typique… »

Un zoom avant permit de rentrer dans un minuscule appartement aux murs constellés d’écrans. « Nous ne pouvons plus visiter le monde, alors nous le faisons venir à nous, reprit Veltrouil. Nous manquons de place alors nous jouons sur les perspectives. Chaque Teessmy dispose d’un visiophone lui permettant de s’évader et de communiquer avec tout un chacun en trois dimensions. Chaque famille vit ainsi à la fois isolée et en contact permanent avec les autres, joignable 24h/24… »

Veltrouil réapparut à l’image. Sa voix fut grave lorsqu’il continua :

« Je suis ce que vous nommez je crois un prospecteur… Je sonde les planètes à la recherche des gisements d’air. Je les exploite et je revends l’oxygène raffinée à mes concitoyens. Comme mon gouvernement prélève une lourde taxe sur l’importation des produits pressurés, il a tout intérêt à la pérennité de mon business et je dispose d’une grande liberté de manœuvre…

L’oxygène que nous rapportons de nos expéditions sert à nous maintenir en vie. L’air de votre Amazonie est d’une grande pureté et il nous faudra le couper afin de le rendre consommable. Il s’agit là d’un gisement de premier choix, que je suis enchanté d’avoir découvert. Rien à voir avec votre air européen, dans lequel nous avons décelés près de 100.000 substances chimiques…(1)

Certains d’entre vous éprouvent des difficultés à respirer et nous accusent… Vous ne manquez vraiment pas d’air ! Bien avant que nous arrivions, des centaines de milliers de personnes mouraient déjà tous les ans à cause de VOS pollutions… (2)

Le choix vous appartient : préserver votre air ou apprendre à ne plus respirer. A partir de cet instant, vous êtes responsables de chacune de vos inspirations !

Fin de la transmission. »

 

Notes:

(1) Sur les 100 000 substances de synthèse commercialisées en Europe, 3% seulement auraient été soumises à des tests toxicologiques complets… 1 000 produits chimiques nouveaux sortent en outre tous les ans… Voir le site de Greenpeace http://www.vigitox.org

(2) Tous les ans, 3 millions de personnes dans le monde meurent pour avoir respiré un air pollué. L’exposition prolongée aux seules particules fines serait responsable en France de quelque 32 000 décès annuels chez les plus de 30 ans et occasionnerait 500 000 nouveaux cas de bronchites chroniques chaque année (dont 450 000 chez les enfants). Il y aurait en outre 820 000 crises d’asthme dont 577 000 chez les enfants…
 


Bref, j'ai décidé, compte tenu de l'urgence à éveiller le maximum de personnes à la lib'airté, d'offrir ce livre gratuitement sous la forme d'un petit fichier pdf.

Si vous souhaitez connaître la suite des aventures de la gentille Hélène et du méchant Teessmy (c'est moins manichéen que cela en a l'air!), adressez moi simplement un email à delair[at]lemendiant.fr  en précisant « Conte ». C'est gratuit mais je compte ensuite sur vous pour favoriser ensuite la diffusion du conte. Sans votre soutien, l'opération Lib'airté! n'a pas de raison d'être...

« La terre n'est pas un don de nos parents, ce sont nos enfants qui nous la prêtent » dit un proverbe indien. D’avance, Hélène, ses enfants et ses petits-enfants vous remercient pour votre soutien !
 

 

auteur[at]lemendiant.fr

 

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